Devoirs entre les séances de tutorat : ce qui marche
Ce que dit la recherche sur les devoirs, pourquoi la correction compte plus que la tâche, et une boucle en quatre étapes, d’une séance à la suivante.
Tous les tuteurs connaissent ce moment. La séance achève, il reste quelques minutes, et on le dit : « Pour la semaine prochaine, finis la page 12. » L’élève fait oui de la tête. Le parent dans le cadre de porte aussi. Une semaine plus tard, la page revient à moitié faite, ou ne revient pas du tout, et on passe le début de la séance à comprendre pourquoi.
Le problème n’a jamais été la page. Les devoirs entre les séances fonctionnent quand ils forment une boucle, et la plupart s’arrêtent à la première étape.
Ce que dit vraiment la recherche
Le meilleur résumé court vient de l’Education Endowment Foundation, au Royaume-Uni. Sa fiche sur les devoirs regroupe les études et rapporte un gain moyen d’environ cinq mois de progrès, plus grand au secondaire (+5 mois) qu’au primaire (+3). Trois de ses constats comptent davantage pour un centre de tutorat que le chiffre global :
- Les devoirs liés au travail fait en classe sont généralement plus efficaces, et les études où les élèves recevaient une rétroaction sur leurs devoirs montrent des effets plus grands.
- La qualité l’emporte sur la quantité. L’effet semble diminuer à mesure que le temps passé augmente, et la fondation recommande de rendre clair le but de chaque tâche.
- Les preuves sont moins solides que le chiffre le laisse croire. La fondation juge leur solidité faible : 43 études, dont une bonne part ne sont pas des essais randomisés.
La synthèse de Harris Cooper va dans le même sens. Toutes les études qu’elle passe en revue ont des failles, mais l’ensemble montre un effet généralement positif, et un lien entre devoirs et réussite plus fort de la 7e à la 12e année qu’au primaire. Au Québec, le Conseil supérieur de l’éducation est allé plus loin pour les plus jeunes. Dans son avis sur les devoirs à l’école primaire, il constate que leur effet sur la réussite au primaire n’a pas été démontré, et que leur valeur tient surtout au lien régulier qu’ils créent entre l’école et la famille.
Bref, les devoirs ne sont ni magiques ni inutiles. Ils fonctionnent quand ils sont courts, liés à ce qu’on vient de faire ensemble, et qu’ils reviennent avec une rétroaction. Un centre de tutorat est particulièrement bien placé pour réunir les trois conditions, parce que la personne qui donne le devoir est celle qui revoit l’élève ensuite.
La correction, c’est ce qui compte
La rétroaction est une des influences les plus fortes sur l’apprentissage, et une des plus inégales. Dans The Power of Feedback, John Hattie et Helen Timperley montrent que son effet peut être positif ou négatif, selon le type de rétroaction et la façon de la donner. Leur modèle pose trois questions à toute rétroaction : où je m’en vais, où j’en suis, et quelle est la suite.
Un crochet ne répond à aucune. « Bon travail » répond à la moitié d’une. Un commentaire de correction qui fait son travail tient en trois lignes :
- Une chose réussie, nommée. « Tes accords avec être sont tous bons » prouve que quelqu’un a lu la page.
- Une chose à reprendre, avec l’étape qui la règle. « Au 3, le complément direct est placé avant le verbe, alors on écrit “mangées”. »
- La suite. « On le refait ensemble mercredi. »
Trois lignes. C’est ce qui transforme un devoir en apprentissage plutôt qu’en paperasse. C’est aussi pourquoi la correction se fait avant la séance, pas pendant. Corriger devant l’élève gruge la séance; corriger la veille permet de l’ouvrir sur la seule chose qui compte.

Une boucle à faire chaque semaine
1. Donner le devoir en fin de séance. Une tâche liée à ce qu’on vient de faire, et une phrase sur son but : « Six phrases comme celles qu’on a faites, pour que tu retiennes la règle du complément direct. » Fixez l’échéance à la prochaine séance elle-même, pas à « la prochaine fois », pour que l’élève, la famille et le tuteur parlent du même jour.
2. Le remettre avant la séance. Une photo de chaque page prise au cellulaire suffit. Demandez-la la veille, et faites de « je suis bloqué au 4 » une remise acceptable. Une page à moitié faite avec un petit mot honnête en dit plus qu’une page parfaite copiée sur un ami.
3. Le corriger avant l’arrivée de l’élève. Les trois lignes ci-dessus. Si trois élèves ont fait la même erreur, voilà la mise en train de votre prochaine séance, déjà écrite.
4. Le reprendre dans les premières minutes. Reprenez l’erreur ensemble, puis laissez le prochain devoir en découler. C’est ça, la boucle : la correction décide de la prochaine tâche, et l’élève voit le lien.
Le rythme compte moins que le fait de boucler la boucle. Dans les études les plus concluantes recensées par la fondation, les élèves avaient des devoirs deux fois par semaine dans une matière, mais une boucle hebdomadaire qui se ferme toujours vaut mieux qu’une boucle deux fois par semaine qui reste ouverte.
Garder la famille dans le coup, sans en faire l’enseignant
Les familles veulent savoir ce qui a été demandé et si c’est fait. Elles n’ont pas à vérifier les réponses, et on ne devrait pas le leur demander. Le Conseil supérieur de l’éducation le dit clairement : même très instruits, les parents n’ont pas à se substituer à un intervenant professionnel. Il recommande une communication régulière sur les devoirs entre les enseignants, les parents et les personnes qui offrent l’aide aux devoirs. Un centre de tutorat en fait partie.
En pratique, c’est deux messages. Un quand le devoir est donné : ce que c’est et pour quand. Un quand il est corrigé : ce qui a bien été et ce qu’on travaillera ensuite. Un parent qui reçoit les deux peut poser la seule question qui aide à la maison, « l’as-tu remis? », sans transformer la table de cuisine en deuxième cours.
Il faut aussi se rappeler que tous les élèves n’ont pas la même soirée. La fondation comme le Conseil soulignent que certains n’ont pas de coin tranquille pour travailler, ni personne pour les aider à la maison. Quelques minutes au centre avant la séance, ou une tâche assez courte pour un trajet d’autobus, empêchent les devoirs de récompenser ceux qui avaient déjà la semaine la plus facile.
En résumé
Les devoirs méritent leur place quand la boucle se ferme : donnés avec un but, remis, corrigés avant la séance, repris au début de celle-ci. Sautez les trois dernières étapes, et vous distribuez du papier.
Alors, lundi : pour chaque élève de la semaine, donnez une tâche liée à la séance, avec une phrase sur son but. Demandez une photo la veille. Écrivez trois lignes de correction pour chaque devoir. Commencez la séance suivante par l’erreur.
Dans Pillar OS, cette boucle est intégrée. Le devoir se donne depuis la page de la séance, avec la prochaine séance comme échéance par défaut, et la famille est avisée tout de suite. Les élèves remettent des photos ou des PDF depuis le portail des familles, les tuteurs corrigent sur une seule page Devoirs où les élèves qu’ils voient le plus tôt passent en premier, et la famille reçoit un courriel avec le commentaire du tuteur une fois le devoir corrigé. Tous les détails sont sur la page des devoirs, et pour intégrer les exercices à des leçons, voici comment bâtir un cours que les élèves utilisent.
Nelly Kallini · Cofondatrice
Enseignante au secondaire qui cumule des années de tutorat. Elle a donc vécu elle-même presque tout ce que ce logiciel prend en charge : la demande de report à 8 h du matin, le rapport de progrès à remettre ce soir, le parent qui demande si ça donne des résultats. Elle signe le volet opérations du blogue.