Bâtir un cours de tutorat que les élèves utilisent
Un cours n’est pas un dossier de fiches. Comment transformer ce que vous enseignez déjà en courtes leçons avec exemples et exercices, et choisir qui les reçoit.
La plupart des centres ont déjà un cours. Il dort dans un dossier partagé, il s’appelle quelque chose comme « Algèbre FINAL (2) », et il contient plus de PDF que personne n’en a jamais compté, dans un ordre que seule la personne qui les a enregistrés peut suivre. Les élèves n’ouvrent pas les dossiers. Ils ouvrent la seule chose qu’un tuteur leur a envoyée hier soir, et encore.
Un cours se distingue d’un dossier de trois façons : il a un ordre, il fait travailler l’élève, et il sait à qui il s’adresse. Voici comment en bâtir un à partir de ce que vous enseignez déjà.
Partir de ce que vous expliquez chaque semaine
Pas besoin d’écrire un programme. Vous en avez déjà un : les explications que vous donnez encore et encore, l’exemple que vous sortez chaque fois, l’erreur que vous voyez venir avant que l’élève la fasse. Votre premier cours, c’est ça, mis par écrit dans l’ordre où vous l’enseignez.
Au Québec, ça aide de suivre ce que fait l’école. Le Programme de formation de l’école québécoise présente les programmes d’études officiels de chaque niveau. Un cours qui suit les chapitres de l’étape, c’est un cours que l’élève peut utiliser la semaine de l’examen, pas trois semaines après.
Une leçon, une idée
Une leçon qu’un élève peut suivre seul est courte, et elle fait une seule chose. Bâtissez toutes vos leçons sur le même modèle, pour que l’élève en apprenne la structure une fois pour toutes et garde son attention pour le contenu :
- Un titre qui nomme l’idée : « Mise en évidence », pas « Leçon 3 ».
- L’explication, dans les mots que vous utiliseriez à la table.
- Un exemple résolu, chaque étape montrée.
- Une astuce pour l’erreur que vous voyez venir.
- Des exercices à remettre : quelques questions qui obligent l’élève à se servir de l’idée.
L’exemple résolu mérite sa place. La recherche sur l’apprentissage par les exemples (Atkinson et ses collègues, 2000) associe les exemples résolus aux premières étapes de l’apprentissage d’une habileté, exactement là où se trouve l’élève qui ouvre une leçon sur quelque chose de nouveau. Montrez d’abord la démarche, puis demandez à l’élève de la refaire.

Finir par des questions, pas par un résumé
La façon naturelle de finir une leçon, c’est un résumé à relire. C’est aussi la plus faible. Dans une expérience bien connue, Roediger et Karpicke ont demandé à des élèves soit de relire un texte, soit de passer des tests de rappel sur ce texte. La relecture donnait de meilleurs résultats cinq minutes plus tard. Les tests l’emportaient deux jours plus tard et une semaine plus tard, même si la relecture donnait aux élèves plus confiance en eux. Leur conclusion : se tester, c’est une façon d’apprendre, pas seulement de vérifier.
Une grande revue des techniques d’étude, signée Dunlosky et ses collègues, arrive à la même conclusion par un autre chemin. Des dix techniques évaluées, seulement deux obtiennent la cote d’utilité élevée : se tester, et la pratique espacée, c’est-à-dire répartir la pratique dans le temps. La relecture et le surlignement obtiennent une cote faible. Alors finissez chaque leçon par trois questions, et ramenez-en quelques-unes deux leçons plus tard. Un cours qui demande de se souvenir vaut mieux qu’un cours qui demande de relire.
Décider qui le reçoit
Un cours pour un seul élève, c’est un plan. Un cours pour un programme, c’est un curriculum. La plupart des centres ont besoin des deux, et c’est pourquoi le choix des élèves qui le reçoivent fait partie du cours lui-même, au lieu de venir après coup : tous les élèves du portail des familles, seulement les élèves que vous choisissez, ou tous les élèves inscrits à un programme.
Deux habitudes gardent le tout en ordre. Laissez un cours en brouillon tant qu’il n’est pas prêt, pour que personne ne tombe sur une demi-leçon. Et avant de le publier, lisez-le comme un élève le lira, du début à la fin, sur un cellulaire.
Si vous le vendez, vendez ce qui est à vous
Si vous vendez un cours à part, ou que vous l’incluez dans un forfait, bâtissez-le avec du matériel que vous avez écrit. Au Canada, le droit d’auteur donne au titulaire le droit exclusif de produire ou de reproduire la totalité ou une partie importante d’une œuvre, alors des pages photocopiées d’un cahier d’exercices du commerce ne vous appartiennent pas : vous ne pouvez pas les regrouper et les vendre. Ceci n’est pas un avis juridique. Dans le doute sur une source, demandez à l’éditeur ou à un avocat. Vos propres explications et vos propres exemples sont ce qu’il y a de plus sûr à vendre, et de plus distinctif.
En résumé
Un cours, c’est votre enseignement mis en ordre, avec des exercices intégrés, donné aux bons élèves. Il n’a pas besoin d’être gros. Une bonne leçon que les élèves utilisent vaut mieux qu’un dossier qu’ils n’ouvrent jamais.
Alors, lundi : choisissez l’explication que vous donnez le plus souvent. Faites-en une leçon : un titre, l’explication, un exemple résolu, une astuce et trois questions. Donnez-la aux élèves qui en ont besoin cette semaine, et écrivez la suivante une fois qu’ils s’en seront servis.
Dans Pillar OS, les cours se trouvent dans la Bibliothèque. Une leçon se bâtit avec des blocs titre, paragraphe, liste, exemple et astuce, avec un lien vidéo, des fichiers et des devoirs joints, et l’aperçu la montre exactement comme l’élève la verra. Chaque cours s’adresse à tous les élèves du portail, aux élèves que vous choisissez ou à un programme, et reste en brouillon jusqu’à ce que vous le publiiez. Plus de détails sur la page des cours, et sur la façon de récupérer ces exercices corrigés dans les devoirs entre les séances.
Nelly Kallini · Cofondatrice
Enseignante au secondaire qui cumule des années de tutorat. Elle a donc vécu elle-même presque tout ce que ce logiciel prend en charge : la demande de report à 8 h du matin, le rapport de progrès à remettre ce soir, le parent qui demande si ça donne des résultats. Elle signe le volet opérations du blogue.